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La 5G comme radar anti-drone : Ericsson prouve que la technologie ISAC détecte les drones passifs en temps réel. Enjeux, fonctionnement et perspectives.
La prolifération des drones civils et commerciaux pose des défis sécuritaires inédits, particulièrement pour les infrastructures critiques. Face à la multiplication des survols non autorisés, l'industrie des télécommunications apporte une réponse innovante : transformer les réseaux mobiles existants en boucliers de détection. Récemment, Ericsson a franchi un cap décisif en démontrant l'efficacité de la technologie ISAC (Integrated Sensing and Communication) via ses équipements 5G, ouvrant la voie à une nouvelle ère dans la lutte anti-drone.
L'innovation majeure présentée par Ericsson repose sur la technologie ISAC (Integrated Sensing and Communication). Concrètement, cette avancée permet d'utiliser les ondes radio émises par les antennes 5G massives (massive-MIMO) non seulement pour la communication, mais aussi pour la détection spatiale d'objets passifs.
Contrairement aux systèmes traditionnels qui nécessitent que le drone soit connecté au réseau ou émette un signal identifiable, l'ISAC fonctionne sur le principe de l'écholocalisation, à l'instar d'un radar ou du sonar des chauves-souris. Les ondes radio rebondissent sur les objets physiques, permettant au réseau de détecter, localiser et suivre en temps réel des drones, même s'ils volent de manière autonome sans carte SIM ni connexion active.
Lors d'une démonstration grandeur nature à son siège américain de Plano (Texas) fin février 2026, Ericsson a prouvé que cette technologie était désormais opérationnelle. L'avantage concurrentiel est considérable : il n'est plus nécessaire de déployer des réseaux de radars coûteux et complexes. Les opérateurs peuvent s'appuyer sur l'infrastructure mobile existante, offrant une couverture vaste et une capacité à « voir au-delà des obstacles » en milieu urbain.
L'urgence de déployer de telles solutions n'a jamais été aussi pressante. L'année 2025 a été marquée par une série noire d'incidents liés aux drones en Europe. En septembre 2025, des survols inexpliqués ont forcé la fermeture temporaire d'aéroports majeurs, dont Copenhague, Oslo, Munich et Brême, paralysant le trafic aérien et affectant des dizaines de milliers de passagers. Des bases militaires et des sites nucléaires en France, en Allemagne et en Belgique ont également été ciblés par des essaims de drones non identifiés.
Ces événements ont mis en lumière les failles dans la surveillance de l'espace aérien à basse altitude. Les systèmes anti-drones classiques — brouilleurs, radars optiques, détection RF — peinent souvent à couvrir de larges zones de manière continue et économique. La solution ISAC d'Ericsson, en transformant chaque antenne relais en capteur, offre un maillage territorial dense et permanent, idéal pour protéger les aéroports, les sites industriels sensibles et les foules lors de grands événements.
Il est également notable que Vodafone et la startup Tiami Networks ont présenté lors du Mobile World Congress 2026 (MWC26) une démonstration similaire, prouvant que l'ISAC peut fonctionner sur des réseaux Open RAN existants sans perturber les communications en cours. Samsung, de son côté, intègre déjà cette technologie dans sa feuille de route 5G Advanced et 6G. La convergence de ces acteurs majeurs autour de l'ISAC confirme que cette technologie est en passe de devenir un standard industriel.
La démonstration d'Ericsson s'inscrit parfaitement dans la nouvelle stratégie sécuritaire européenne. Le 11 février 2026, la Commission européenne a dévoilé un plan d'action ambitieux sur la sécurité et la lutte contre les drones malveillants, présenté par la commissaire Henna Virkkunen.
Parmi les mesures phares de ce plan figure précisément l'utilisation des réseaux cellulaires pour la détection. La Commission prévoit de lancer des appels à manifestation d'intérêt pour encourager les États membres et l'industrie à tester et déployer la détection via les antennes 5G. L'objectif est de créer un système d'affichage aérien unique, agrégeant les données pour différencier instantanément les drones légitimes (livraison, inspection) des menaces potentielles.
Cette impulsion politique s'accompagne d'enjeux économiques majeurs. Le marché européen de la lutte anti-drone est en pleine explosion, avec des prévisions de croissance dépassant 27 % par an pour atteindre plus de 4 milliards de dollars d'ici 2030. En s'appuyant sur des acteurs comme Ericsson, Vodafone ou Samsung, l'Europe cherche à réduire sa dépendance technologique vis-à-vis des solutions américaines et à bâtir des capacités souveraines.
Si la technologie ISAC fait ses preuves aujourd'hui sur les réseaux 5G Advanced, elle est déjà considérée comme un pilier fondamental de la future norme 6G, prévue pour 2030. L'intégration de l'intelligence artificielle au cœur de ces réseaux (AI-on-RAN) permettra d'affiner encore la détection, en analysant les schémas de vol pour prédire les intentions d'un drone suspect et déclencher automatiquement des protocoles de neutralisation.
La convergence entre les télécommunications et la détection radar marque un tournant décisif. En transformant nos réseaux mobiles en boucliers invisibles, des entreprises comme Ericsson apportent une réponse pragmatique, évolutive et économiquement viable à l'une des menaces sécuritaires les plus complexes de notre décennie. Pour les professionnels de la sécurité et les gestionnaires d'infrastructures, l'intégration de la 5G dans les stratégies de lutte anti-drone n'est plus une option futuriste, mais une réalité opérationnelle à saisir dès aujourd'hui.
Sources : Communiqué de presse Ericsson (26 février 2026), Plan d'action de la Commission européenne sur la sécurité des drones (11 février 2026), Vodafone MWC26 (26 février 2026), MarketsandMarkets — Europe Anti-Drone Market Report 2025.
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